
La fin de la déductibilité des intérêts passifs pour les personnes physiques : la face caché de la votation
Synthèse et solutions
Le paysage fiscal immobilier suisse s’apprête à vivre l’une de ses plus grandes transformations de ces dernières décennies. Suite à l’acceptation par le peuple et les cantons de la réforme de l’imposition du logement en septembre 2025 (arrêté fédéral relatif à l’impôt immobilier cantonal sur les résidences secondaires, FF 2025 17), le Conseil fédéral a tranché lors de sa séance du 1er avril 2026: la valeur locative sera abolie avec effet au 1er janvier 2029.
Si l’annonce de la fin de cet impôt sur un revenu fictif a été largement célébrée par les propriétaires alémaniques (et pleurée par les propriétaires en Suisse romande), l’attention médiatique s’est presque exclusivement focalisée sur cet aspect. Pourtant, cette réforme est un changement de système qui cache des répercussions bien plus profondes. Au-delà de la simple suppression de la valeur locative, c’est toute la mécanique des déductions fiscales qui est refondue, introduisant une nouvelle asymétrie majeure dans la gestion de fortune des personnes physiques.
L’étude PANCHAUD Tax & Legal SA décrypte pour vous les enjeux cachés de cette réforme et les stratégies patrimoniales à anticiper.
Le calendrier de la réforme : Une fenêtre d’action jusqu’au 31 décembre 2028
La date du 1er janvier 2029 n’a pas été choisie au hasard. Ce délai de transition a été accordé pour permettre aux cantons d’adapter leur législation et d’introduire, s’ils le souhaitent, un impôt spécial sur les résidences secondaires afin de compenser les pertes de recettes fiscales.
Pour les propriétaires, cette échéance est cruciale. Elle signifie que le droit actuel reste pleinement applicable jusqu’à la fin de la période fiscale 2028. Cela laisse encore un laps de temps précieux pour planifier et entreprendre d’éventuels travaux de rénovation ou d’assainissement énergétique. En effet, dès 2029, la déduction des frais d’entretien pour les immeubles à usage propre sera supprimée tant au niveau fédéral que cantonal. Les investissements liés aux économies d’énergie ne seront plus déductibles de l’impôt fédéral direct, bien que les cantons conservent la liberté de maintenir ces incitations de manière limitée dans le temps.
Il est donc stratégiquement recommandé d’auditer l’état de son parc immobilier privé dès aujourd’hui afin de maximiser l’efficience fiscale des travaux avant le changement de paradigme.
La fin programmée de la déductibilité des intérêts passifs
C’est ici que se trouve la face cachée de la réforme, souvent relégué au second plan du débat public. En parallèle de la fin de la valeur locative, la déductibilité des intérêts passifs sera purement et simplement supprimée pour les biens à usage propre, ou très fortement restreinte. Ceci quand bien même elle impacte également les personnes qui ne sont pas propriétaires immobiliers.
Ce changement de cap touchera de plein fouet les finances privées sur plusieurs fronts :
- Crédits privés et consommation : Que l’on soit propriétaire ou locataire, les intérêts liés aux dettes privées (p.ex. crédits à la consommation, dettes de cartes de crédit, prêts personnels, crédit lombard ou encore dettes fiscales) ne seront plus déductibles du revenu imposable.
- L’immobilier de rendement : Pour les propriétaires bailleurs, une déduction restera possible, mais elle sera désormais proportionnelle. Elle sera calculée en fonction du ratio entre la valeur des immeubles de rendement et la fortune totale du contribuable. Ce changement impliquera dans certains cas que la totalité des intérêts ne pourrait plus être déduite.
- Les primo-accédants : Une exception est prévue pour l’acquisition d’un premier logement. Les nouveaux acheteurs pourront déduire leurs intérêts débiteurs de manière limitée et dégressive sur une période de dix ans (avec un plafond fixé à CHF 10’000 la première année pour un couple marié, et 5’000 francs pour une personne seule). Ce changement impliquera dans certains cas que la totalité des intérêts ne pourrait plus être déduite. En outre ce système a été mise en place dans un environnement de taux d’intérêts bas. Partant, il n’est pas adapté si les taux devaient remonter à niveaux vu dans les années 90.
| Élément fiscal | Régime actuel (jusqu’au 31.12.2028) | Nouveau régime (dès le 1er janvier 2029) |
| Valeur locative (usage propre) | Imposée | Supprimée |
| Impôt spécial sur les résidences secondaires | Inexistent | Cantons ont la possibilité de l’introduire. |
| Intérêts privés (ex: cartes de crédit) | Entièrement déductibles, max rendement de la fortune augmenté de CHF 50’000 (art 33 I a LIFD) | Déduction supprimée |
| Intérêts hypothécaires (usage propre) | Entièrement déductibles, max rendement de la fortune augmenté de CHF 50’000 (art 33 I a LIFD) | Supprimés (sauf primo-accédants, déduction limitée) |
| Intérêts hypothécaires (biens loués) | Entièrement déductibles | Déductions limitées au ratio immeubles loués vs. fortune totale. |
| Frais d’entretien (usage propre) | Déductibles | Supprimés. |
| Investissements destinés à économiser l’énergie et à ménager l’environnement (usage propre) | Déductibles | Supprimés au niveau fédéral, cantons libres d’introduire des mesures. |
L’émergence d’une nouvelle asymétrie fiscale
Cette évolution législative introduit une distorsion supplémentaire dans notre système fiscal pour les personnes physiques (hors activité lucrative). Nous nous dirigeons vers une asymétrie: les intérêts perçus resteront imposables, tandis que les intérêts payés ne seront plus déductibles (sauf dans des cas d’exception très bien déterminés).
Concrètement, le rendement de votre fortune mobilière (dividendes, intérêts bancaires) continuera d’être taxé. À l’inverse, le coût de la dette contractée à titre privé deviendra une charge nette, sans aucune déduction.
Cette situation s’apparente à des asymétriques déjà existantes dans notre système fiscal, connues de tous et globalement acceptées. A titre d’exemple les loyers encaissés par un propriétaire bailleur sont pleinement imposables, tandis que le loyer payé par un locataire pour son propre logement ne peut pas être déduit de son revenu imposable.
Cette asymétrie n’est pas qu’un détail technique ; elle modifie l’équation même de l’endettement privé en Suisse. Jusqu’à présent, le système fiscal incitait à financer son bien immobilier avec un minimum de fonds propres et partant un maximum de fond étranger, de manière à investir ses fonds propres autrement (p. ex. marchés boursiers). Ce mode de procéder permettait de faire travailler son capital tout en étant fiscalement optimisé, dans la mesure où les intérêts passifs venaient en déduction de la valeur locative. Il est possible que dès 2029 la logique s’inverse. Amortir son hypothèque ou liquider ses crédits privés pourrait devenir, dans de certains cas, la décision financière et fiscale la plus rationnelle. Ceci dépendra principalement des rendements que les contribuables arriveront à obtenir avec ces fonds étrangers. Si les rendements sont supérieurs aux intérêts payés, alors il est probable que l’endettement sera maintenu. En outre, il est possible de voir émerger l’investissement par le truchement de SA/Sàrl, qui permettent en principe de maintenir la déduction des intérêts passifs. Ceci dépendra toutefois principalement de la nature des investissements, dans la mesure où les gains en capitaux peuvent être exonérés de l’impôt sur le revenu pour les personnes physiques sur la base de l’art. 16 al. 3 LIFD.
Intégrer cette réforme dans la structuration de votre patrimoine
Face à ces changements structurels, l’attentisme n’est pas une option. Cette asymétrie mérite d’être pleinement intégrée dans votre réflexion globale et, partant, dans la structuration de votre patrimoine.
L’expertise de PANCHAUD Tax & Legal SA en matière de fiscalité prend ici tout son sens. Plusieurs axes de réflexion doivent être explorés d’ici le 1er janvier 2029 :
- Stratégie de rénovation : Il reste deux ans et demi pour maximiser les déductions pour frais d’entretien et d’assainissement énergétique. Une planification pluriannuelle des travaux est essentielle pour maximiser l’effet fiscal.
- Réévaluation du taux d’endettement : Faut-il amortir massivement son hypothèque? La réponse dépendra notamment de l’écart entre le taux d’intérêts hypothécaire et le rendement attendu (après impôt) de votre fortune mobilière, mais aussi de la source des fonds pour effectuer cet amortissement. En effet, le retrait des avoirs de la caisse de pension implique de payer un impôt sur le revenu lors du retrait et augmente la fortune imposable du contribuable.
- Investissement par le truchement de société de capitaux : Suivant le type d’investissement effectués, il pourrait être intéressant de mettre en place une Sàrl/SA qui emprunterait de l’argent à la banque en utilisant l’immeuble du contribuable comme collatéral et effectuerait des investissements avec ces fonds. Au sein d’une société de capitaux, les intérêts passifs restent en principe considérés comme des charges justifiées par l’usage commercial et demeurent intégralement déductibles. PANCHAUD Tax & Legal SA accompagne régulièrement ses clients dans l’analyse de l’opportunité de mettre en place ou de liquider de telles structures.
- Constitution de sociétés immobilières : Pour les portefeuilles immobiliers importants loués, la détention en nom propre (personne physique) deviendra potentiellement moins attractive face à la détention via une personne morale (SA ou Sàrl). Au sein d’une société de capitaux, les intérêts passifs et les frais d’entretien restent considérés comme des charges justifiées par l’usage commercial et demeurent en principe intégralement déductibles. PANCHAUD Tax & Legal SA accompagne régulièrement ses clients dans l’analyse de l’opportunité de mettre en place ou de liquider de telles structures.
L’abolition de la valeur locative n’est pas la fin de l’optimisation fiscale, mais le début d’un nouveau chapitre. Les règles changent, et les stratégies de structuration du patrimoine doivent s’adapter en conséquence.
Chez PANCHAUD Tax & Legal SA, nous allions expertise juridique, conseil stratégique et planification fiscale pour vous offrir sécurité, prévisibilité et économies d’impôts. N’hésitez pas à nous contacter pour réaliser une analyse à 360° de votre situation patrimoniale et anticiper sereinement l’horizon 2029.
Sources du contenu :
https://www.efd.admin.ch/fr/newnsb/yGTqBPowRqyVh0zPokW-q
FAQ : Abolition de la valeur locative en 2029
La réforme engendre une asymétrie pour les personnes physiques : les intérêts perçus sur la fortune (qui génèrent du rendement) resteront imposables, alors que les intérêts payés pour des dettes privées ne pourront plus être déduits du revenu imposable.
Dès 2029, la déduction des frais d’entretien pour les logements à usage propre sera supprimée au niveau fédéral et cantonal. Les déductions pour les travaux liés aux économies d’énergie seront également abolies pour l’impôt fédéral direct, avec une possibilité pour les cantons de les maintenir de manière limitée dans le temps.
La règle générale sera la suppression de la déductibilité des intérêts passifs (crédits privés, lombards, hypothèques pour usage propre). Des exceptions existent pour les biens loués (méthode proportionnelle) et pour les primo-accédants (déduction plafonnée sur 10 ans).
Suite à la décision du Conseil fédéral, la date d’entrée en vigueur officielle de la réforme de l’imposition du logement est fixée au 1er janvier 2029.

